Il y a une pensée qui traverse beaucoup de choristes au mois d'août, généralement le soir, et qu'on chasse aussitôt parce qu'elle est un peu honteuse : est-ce que j'y retourne.
Pas est-ce que j'arrête de chanter, non. Est-ce que j'y retourne, là, dans ce chœur-là, celui du mardi soir, celui où je suis depuis six ans.
Cette pensée ne vient jamais en octobre. En octobre, le programme est lancé, les gens sont là, le concert de décembre approche, et la question n'existe plus.
Elle ne peut apparaître qu'en août, dans le vide, quand l'habitude cesse de décider à votre place. C'est précisément pour ça qu'elle mérite qu'on s'y arrête au lieu de la balayer.
L'habitude est un très mauvais argument
Beaucoup de choristes restent dans leur ensemble pour une raison qu'ils n'osent pas s'avouer : ils y sont déjà. Le trajet est connu, les visages sont connus, la place dans le rang est acquise. Partir demanderait un effort, une explication gênante, et le risque de tomber sur pire.
Ce n'est pas une raison illégitime. La fidélité à un groupe est une belle chose, et un chœur n'est pas un service qu'on consomme. Mais ce n'est pas non plus une réponse.
Rester par confort et rester par désir produisent la même présence le mardi soir, et pourtant ce ne sont pas du tout les mêmes années.
Alors posons les vraies questions, celles qu'on ne pose jamais parce qu'elles sont désagréables.
Du choriste au chœur
Un guide bienveillant pour celles et ceux qui veulent progresser en chœur sans se trahir.
Découvrir le livreLes trois signaux qui comptent
Le premier : est-ce que vous avez appris quelque chose cette année. Pas gagné un concert, pas passé une bonne soirée. Appris. Est-ce que votre voix, en juin, faisait quelque chose qu'elle ne faisait pas en septembre.
Si la réponse est non deux années de suite, ce n'est pas un drame, mais c'est une information. Un chœur qui ne vous fait plus progresser peut rester un excellent chœur, et devenir pour vous un club.
Le deuxième : est-ce que vous êtes content d'y aller ou soulagé quand c'est annulé. C'est un test brutal et il ne trompe jamais. Tout le monde a des soirs de fatigue où une annulation est une bonne nouvelle. Mais si le soulagement est devenu le sentiment dominant, il faut le regarder en face.
Le troisième, et c'est le plus important : est-ce que le répertoire vous parle encore. Un chœur est d'abord un projet musical. Si vous passez la moitié de la saison à chanter des pièces qui vous laissent indifférent, aucune ambiance chaleureuse ne compensera à long terme.
C'est un point sur lequel les choristes sont beaucoup trop patients. On endure trois programmes qui ne nous touchent pas en se disant que le suivant sera mieux.
Ce que changer de chœur ne réglera pas
Soyons honnêtes dans l'autre sens aussi, parce que le fantasme du chœur meilleur est puissant et souvent faux.
Si vous vous ennuyez parce que vous ne travaillez jamais entre les répétitions, vous vous ennuierez ailleurs. Si vous trouvez que le niveau est bas mais que vous ne connaissez pas votre partie, le problème n'est pas le niveau.
Si vous ne parlez à personne à la pause depuis quatre ans, un autre chœur ne vous rendra pas plus sociable. Un changement d'ensemble ne résout que les problèmes qui viennent de l'ensemble.
Et il y a une chose qu'on sous-estime toujours : ce qu'on perd. Six ans dans un chœur, ce sont des repères, une confiance, des gens qui savent comment vous chantez et qui vous portent sans que vous le remarquiez. Ça ne se reconstruit pas en un trimestre. Il faut le vouloir vraiment.
La troisième voie, celle que personne n'envisage
Entre rester passivement et partir, il existe une option que presque aucun choriste ne considère : rester en changeant quelque chose.
Demander à changer de pupitre ou de place dans le rang, ce qui modifie radicalement ce que vous entendez et donc votre expérience entière. Proposer une pièce.
Demander à la personne qui dirige un moment de travail sur un point précis qui vous coince depuis deux ans. Vous porter volontaire pour quelque chose, la logistique d'un concert, le recrutement, n'importe quoi qui vous fasse passer de consommateur à acteur.
Une grande partie de la lassitude en chœur ne vient pas du chœur, elle vient de la position qu'on y occupe.
On s'est installé dans un rôle passif, on l'a tenu six ans, et on attribue au groupe un ennui qu'on a soi-même construit. Changer de position à l'intérieur du même chœur suffit très souvent à tout relancer.
Et si vous partez, partez proprement
Si la décision est prise, faites-le en septembre, pas en janvier. Un chœur construit sa saison sur ses effectifs. Partir au milieu d'un programme met la personne qui dirige et votre pupitre dans une situation réelle, et vous partirez avec un goût désagréable qui gâchera rétrospectivement six belles années.
Dites-le simplement, de vive voix si possible. Pas de long mail explicatif, pas de justification élaborée. Merci pour ces années, j'ai besoin d'autre chose, je pars sans amertume. Trois phrases. On les reçoit très bien, beaucoup mieux qu'un silence et une chaise vide en octobre.
Et si vous restez, restez pour de bon. Décidez-le, ne le subissez pas. C'est la même année qui vous attend, et ce ne sera pas du tout la même chose.
Vous vous êtes déjà posé cette question au mois d'août ? Racontez-moi en commentaire comment vous l'avez tranchée.
Réagissez à cet article