Vous avez envoyé le mail. Vous avez reçu une réponse, une date, une adresse, une heure. Et depuis, il y a un objet qui flotte dans votre semaine, un petit caillou dans la chaussure : l'audition. Vous vous surprenez à y penser dans le métro.
Vous avez déjà changé trois fois d'idée sur la pièce que vous allez chanter. Vous avez lu deux articles contradictoires sur la manière de se préparer. Et vous vous demandez sérieusement si vous n'allez pas trouver un prétexte pour reporter.
Septembre, c'est la saison des auditions, et c'est aussi la saison des choristes qui se cramment tout seuls avant même d'être entrés dans la salle. Alors mettons quelques choses à plat, du point de vue de celui qui est assis de l'autre côté de la table.
Ce qu'on écoute réellement
Je vais vous décevoir, et ça devrait vous soulager : on n'écoute pas votre voix. Enfin si, mais pas comme vous l'imaginez.
Ce qu'une audition de chœur cherche à savoir tient en trois questions. Est-ce que cette personne est juste, ou en tout cas capable de se corriger. Est-ce qu'elle entend ce qui se passe autour d'elle. Et est-ce qu'on a envie de passer deux heures par semaine à côté d'elle pendant un an.
Voilà. Ce n'est pas plus compliqué que ça. La beauté du timbre, l'ampleur, l'aigu spectaculaire, tout cela est agréable et absolument secondaire.
Un chœur ne cherche pas des voix, il cherche des gens qui vont faire tenir un ensemble. Une très belle voix qui n'écoute pas est un problème. Une voix ordinaire qui écoute est un cadeau.
Cette réalité change complètement la manière de se préparer, parce que vous passez probablement votre été à travailler la seule chose qu'on ne regarde pas.
Du choriste au chœur
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Il y a presque toujours un moment de reproduction : on vous joue quelques notes, on vous demande de les rechanter. Ce n'est pas un test de mémoire, c'est un test d'oreille et de réactivité. Et surtout, ce n'est pas éliminatoire.
Ce qui compte, ce n'est pas de réussir, c'est ce que vous faites quand vous ratez. Si vous chantez faux et que vous vous corrigez spontanément, on note quelque chose de très positif. Si vous chantez faux et que vous n'entendez pas, on note autre chose. La différence est là, pas dans le résultat.
Il y a souvent un test de tenue de ligne : on vous demande de chanter une partie pendant que quelqu'un en chante une autre.
C'est le test le plus révélateur de toute l'audition, parce que c'est exactement ce qu'on vous demandera de faire chaque lundi soir. Là encore, se laisser entraîner par l'autre voix n'est pas une catastrophe. Le dire est même une bonne réponse.
Et il y a le déchiffrage, qui terrifie tout le monde. Sachez qu'une audition de chœur amateur sait parfaitement que la moitié des candidats lisent mal. Ce n'est pas ce qui décide.
La préparation qui sert, et celle qui nuit
Ce qui sert : connaître votre pièce par cœur, complètement, au point de ne plus y penser. Pas pour impressionner, mais pour libérer votre attention.
Une pièce sue à quatre-vingt-dix pour cent consomme toute votre énergie mentale, et il ne vous reste rien pour écouter, pour regarder, pour être là. Prenez une pièce plus simple que ce dont vous êtes capable. Toujours. C'est le meilleur conseil de cette page.
Ce qui nuit : chanter trois heures la veille. C'est le réflexe universel et c'est un sabotage. Une voix fatiguée le jour J vous fera passer pour ce que vous n'êtes pas.
La veille d'une audition, on chante vingt minutes, doucement, et on arrête. Le jour même, on réveille le corps le matin, on parle normalement, et c'est tout.
Ce qui nuit aussi : choisir une pièce pour montrer un aigu. Vous serez à la merci d'une note, votre corps le saura, et il se crispera trente secondes avant. Chantez quelque chose que vous aimez, dans un endroit confortable de votre voix. Une phrase simple bien chantée dit plus sur vous qu'un contre-ut approximatif.
Le jour même
Arrivez en avance, mais pas trop. Vingt minutes d'attente dans un couloir, ça se gère. Une heure, ça vous démonte.
Et sachez une chose : votre voix ne sera pas celle de votre salon. Elle ne l'est jamais. L'acoustique est différente, l'adrénaline est là, le souffle est plus court. Ce n'est pas un échec, c'est la norme, et la personne en face le sait mieux que vous. Elle a entendu cent personnes dans cet état.
Si vous ratez quelque chose, ne vous excusez pas, ne commentez pas, continuez. La capacité à traverser un accident sans s'effondrer est, très concrètement, la compétence la plus utile d'un choriste en concert. Vous êtes en train de la démontrer.
Ce qui se joue vraiment
Une audition n'est pas un examen, c'est une rencontre. La personne en face n'est pas là pour vous prendre en défaut, elle est là parce qu'elle a besoin de vous. Un chœur qui auditionne est un chœur qui cherche quelqu'un, pas un chœur qui trie.
Et c'est réciproque. Pendant que vous passez l'audition, vous en faites une aussi. Regardez comment on vous parle, comment on vous corrige, ce qu'on vous fait chanter.
Vous allez passer une année de lundis soirs avec ces gens. La question n'est pas seulement de savoir s'ils vous prennent. C'est aussi de savoir si vous avez envie de rester.
Vous avez une audition prévue en septembre ? Dites-moi en commentaire ce qui vous inquiète le plus, je répondrai.
2 commentaires
L'audition est un moment où l'on se sent souvent très seul, alors que tout le monde en face souhaite simplement que ça se passe bien. C'est ce que j'essaie de rappeler à chaque fois.
Si une question précise vous reste sur le sujet, posez-la ici : elle servira sans doute à d'autres lecteurs.
Bonne journée,
Corentin