Quand le répertoire de son chœur paraît trop difficile ou trop facile, un choriste a plus de marge de manœuvre qu'il ne le croit. Face à une pièce trop dure, il peut changer sa manière de travailler entre les répétitions et le dire à la personne qui dirige. Face à une pièce trop facile, il peut déplacer son exigence vers ce que la partition ne montre pas : le son, l'écoute, le soutien de son pupitre. Changer de chœur ne devient la bonne réponse que lorsque l'écart persiste sur plusieurs programmes.

C'est le quatrième article du dossier sur le bon niveau en chœur. Les trois premiers regardaient la question depuis le pupitre de direction. Celui-ci change de côté.

Est-ce la pièce, le chœur, ou moi ?

Avant de conclure qu'un répertoire ne vous convient pas, il faut savoir de quoi on parle. Trois situations très différentes produisent le même sentiment.

Dans la première, la pièce est difficile pour tout le monde. Le chœur entier peine, la personne qui dirige reprend le même passage chaque semaine, personne n'est à l'aise. Ce n'est pas votre problème personnel, c'est un défi collectif, et il se relève collectivement.

Dans la deuxième, la pièce est mal écrite pour la voix. On en a parlé dans Pourquoi certaines partitions sont si dures à chanter : certaines pièces très belles sont pensées comme au clavier, et leurs lignes sont difficiles à chanter même pour des chanteurs aguerris. Si vous butez toujours sur le même saut, au même endroit, vous n'êtes peut-être pas en cause.

Dans la troisième, c'est vous qui êtes décalé par rapport au groupe, au-dessus ou en dessous. C'est la seule situation qui demande une réponse individuelle. Et pour la reconnaître, l'échelle de niveau présentée dans le premier article du dossier est un bon point de départ : essayez de situer le chœur, puis de vous situer vous-même, critère par critère.

Quand le répertoire est trop difficile pour vous

Le premier réflexe est souvent de se taire et de suivre le voisin. Ça marche un temps, puis ça s'use, parce qu'on finit par chanter à moitié en permanence, sans jamais savoir vraiment ce qu'on fait.

La première chose à changer, c'est le travail entre les répétitions. Pas forcément plus de travail, un travail différent. Écoutez votre ligne seule, en boucle, jusqu'à pouvoir la fredonner sans support. Beaucoup de chœurs fournissent des fichiers d'écoute par pupitre, et s'ils n'existent pas, la personne qui dirige peut souvent les produire ou vous indiquer un enregistrement. Dix minutes par jour sur votre ligne seule valent mieux qu'une heure sur la pièce entière.

La deuxième, c'est votre place dans le rang. Chanter à côté d'un choriste solide de votre pupitre change tout : vous entendez votre ligne au lieu d'entendre seulement la vôtre, et vous respirez avec quelqu'un qui sait où il va. Demander à changer de place n'a rien d'humiliant, c'est une demande technique.

La troisième, c'est d'en parler. La personne qui dirige ne sait pas toujours qui décroche, surtout dans un grand pupitre. Lui dire précisément où vous coincez, tel saut, telle entrée, tel passage rapide, lui donne une information qu'elle n'a pas. Elle pourra peut-être retravailler le passage, adapter une note, ou simplement vous rassurer en vous disant que tout le pupitre bute au même endroit.

Et il y a une chose qu'on oublie : le droit de ne pas tout chanter. Dans certains passages très exposés, mieux vaut se taire une mesure que chanter faux avec conviction. Ce n'est pas une démission, c'est une contribution au son du groupe.

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Quand le répertoire est trop facile pour vous

L'ennui en chœur est plus discret que la difficulté, et plus sournois. On ne le dit pas, on se sent un peu coupable de le ressentir, et il finit par se transformer en distraction, en retards, en départ.

La première chose à savoir, c'est qu'une pièce dont on connaît les notes n'est pas une pièce terminée. Connaître ses notes, c'est le début du travail, pas la fin. Il reste le son : est-ce que votre voix se fond dans celle du pupitre, ou est-ce qu'elle dépasse ? Il reste la justesse fine : est-ce que votre tierce est vraiment placée dans l'accord, ou seulement à peu près ? Il reste le phrasé, les nuances, les fins de phrase, la manière de tenir un silence. Un choriste qui s'ennuie sur une pièce simple peut presque toujours y trouver des mois de travail, à condition de déplacer son attention.

La deuxième, c'est de devenir un appui. Un choriste à l'aise dans un pupitre a une responsabilité qu'il n'a pas choisie : les autres se calent sur lui, qu'il le veuille ou non. Prendre ce rôle consciemment, chanter des entrées nettes, respirer de manière visible, tenir la justesse quand le pupitre baisse, c'est un travail exigeant et passionnant. Être la personne sur laquelle les autres se posent est l'une des compétences les plus rares en chœur.

La troisième, c'est d'aller chercher le défi ailleurs, sans quitter son chœur. Un stage, un ensemble vocal en petit effectif en parallèle, des cours de chant, l'apprentissage de la lecture. Beaucoup de choristes vivent très bien leur chœur principal comme un lieu de plaisir et de lien, et trouvent le défi technique dans une autre pratique.

Et là aussi, parlez-en. Proposer d'aider un pupitre, de préparer des fichiers de travail, de prendre en charge un passage en soliste ou en petit groupe, c'est donner à la personne qui dirige des solutions plutôt que des plaintes.

Quand faut-il changer de chœur ?

Un programme trop facile ou trop difficile, ça arrive à tout le monde, et ça ne justifie pas de partir. Le répertoire change chaque saison, parfois chaque trimestre, et la pièce qui vous écrase aujourd'hui sera remplacée par une autre.

La question se pose vraiment quand l'écart dure. Quand, programme après programme, vous passez les répétitions à survivre, ou quand, saison après saison, vous n'avez plus rien appris. Dans ce cas, ce n'est plus une question de pièce, c'est une question d'ajustement entre vous et le groupe, et chercher un ensemble mieux adapté n'est ni une trahison ni un échec.

J'ai écrit un article entier sur cette décision, Changer de chœur : l'été est le seul moment où la question se pose vraiment. Ce que l'échelle de niveau ajoute, c'est un moyen de chercher mieux : au lieu de chercher un chœur meilleur, on cherche un chœur dont le niveau correspond au sien sur les critères qui comptent pour soi.

Le choriste n'est pas un consommateur de répertoire

Au fond, la manière dont on vit le répertoire de son chœur dépend en grande partie de la position qu'on y occupe. Un choriste qui attend qu'on lui donne la bonne pièce subit le programme. Un choriste qui travaille sa ligne, aide son pupitre, dit ce qui coince et propose ce qui pourrait marcher participe au programme, même s'il ne l'a pas choisi.

Le dernier article du dossier s'attaque à la situation la plus courante de toutes, celle qui rend tout ce qui précède si compliqué : le chœur où le débutant et le choriste chevronné chantent dans le même pupitre.

D'ici là, une question pour vous : en ce moment, le répertoire de votre chœur vous semble-t-il trop facile, trop difficile, ou juste ? Et qu'est-ce qui vous le fait dire ? Racontez-moi en commentaire.