Vous vous étiez promis de travailler cet été. Vous aviez même emporté les partitions, dans une pochette, avec les enregistrements sur le téléphone.
On est mi-août, la pochette n'est pas sortie du sac, et vous ressentez ce mélange très particulier de culpabilité et de mauvaise foi qui consiste à se dire qu'il reste encore deux semaines.
Je vais vous proposer autre chose. Non pas un programme de travail, mais un dispositif minimal qui tient dans vingt minutes, trois fois par semaine, et qui ne demande ni discipline, ni motivation, ni piano.
Vingt minutes, c'est le temps d'un café. Trois fois par semaine, c'est moins qu'une seule répétition. Et c'est suffisant pour arriver en septembre sans avoir à tout redémarrer.
Pourquoi si peu suffit
Parce qu'on ne cherche pas à progresser. C'est le malentendu de départ, et il fait échouer tous les bons plans d'été. Un choriste qui se dit qu'il va travailler pendant les vacances imagine des séances sérieuses, avec des exercices, des objectifs, des résultats.
Cette ambition-là ne survit jamais à la troisième semaine de juillet, et son abandon produit de la culpabilité, qui produit de l'évitement, qui produit deux mois de silence complet.
L'objectif d'été n'est pas de progresser, c'est de ne pas laisser les coordinations s'endormir. Le souffle qui s'installe bas, le larynx qui reste souple, l'oreille qui ajuste.
Ces gestes n'ont pas besoin d'être entraînés, ils ont juste besoin d'être visités. Une visite courte et régulière fait infiniment plus qu'une grosse séance tous les quinze jours suivie d'une semaine de courbatures.
Du choriste au chœur
Un guide bienveillant pour celles et ceux qui veulent progresser en chœur sans se trahir.
Découvrir le livreLes cinq premières minutes : réveiller le corps, pas la voix
Ne commencez jamais par chanter. C'est le réflexe de tout le monde et c'est la source de la moitié des fatigues vocales d'été, quand on ouvre le classeur et qu'on attaque directement la pièce qu'on aime.
Commencez par vous étirer, longuement, comme au réveil. Bras au-dessus de la tête, dos, nuque, mâchoire. Bâillez, franchement, plusieurs fois. Un bâillement vrai fait à votre gorge exactement ce qu'aucun exercice ne fera : il ouvre, il détend, il abaisse.
Puis soufflez, en laissant l'air partir tout seul, sans forcer, et laissez le corps reprendre l'air de lui-même. Vous n'inspirez pas, vous laissez l'air revenir. C'est la seule chose que je vous demande de ne pas bâcler, parce que quatre-vingts pour cent du chant se joue là.
Cinq minutes de cela, sans un son chanté, et votre voix sera déjà à moitié prête.
Les dix minutes du milieu : glisser, pas monter
Ensuite, une seule famille de gestes : les glissandos. Bouche fermée ou sur un ou un ou, partez d'une note confortable et laissez la voix glisser vers le grave, puis vers l'aigu, sans jamais chercher une note précise, sans jamais forcer un extrême.
Comme une main qui passe sur une rampe. C'est ennuyeux à décrire et c'est le meilleur outil d'entretien qui existe, parce que le glissando oblige le larynx à rester souple et empêche les blocages de s'installer.
Ajoutez-y des sirènes légères, très douces, et quelques r roulés ou lèvres soufflées si vous savez les faire. Si vous ne savez pas, tant pis, ce n'est pas un examen.
La règle qui compte : si quelque chose tire, gratte, ou demande un effort, vous êtes allé trop loin. En vacances, il n'y a pas de raison de chercher les limites. On reste au milieu, on reste confortable, on écoute son ressenti. La voix n'aime pas être bousculée, surtout après trois semaines de silence.
Les cinq dernières minutes : chanter quelque chose que vous aimez
C'est la partie que la plupart des méthodes oublient, et c'est la seule qui garantit que vous recommencerez la fois suivante.
Chantez une pièce que vous aimez, entièrement, sans la travailler. Une pièce du programme de juin que vous connaissez encore par cœur. Une chanson qui n'a rien à voir avec votre chœur.
Un air d'enfance. Peu importe. Ne cherchez pas la justesse parfaite, ne vous arrêtez pas pour corriger, ne recommencez pas le passage raté. Vous n'êtes pas en répétition.
Cette dernière étape a une fonction précise : elle fait que votre cerveau range la séance du côté du plaisir, et pas du côté du devoir. Une séance qui finit sur une contrariété technique ne sera pas reproduite. Une séance qui finit sur un moment agréable, si.
Où, et avec quoi
Nulle part de particulier, et avec rien. C'est le principe. Une chambre, une cuisine, un couloir avec du carrelage si vous voulez vous faire plaisir, une voiture à l'arrêt si vous êtes chez de la famille et que vous n'osez pas.
La voiture est d'ailleurs un excellent studio d'été, elle est petite, elle est fermée, et personne n'y entre pour vous demander ce que vous faites.
Vous n'avez besoin d'aucun instrument. Si vous voulez une note de départ, votre téléphone fera l'affaire. Mais franchement, pour de l'entretien, la note de départ n'a aucune importance.
Le seul obstacle réel, ce n'est ni le lieu ni le matériel, c'est le regard des autres. La plupart des choristes ne chantent pas en vacances parce qu'il y a du monde dans la maison.
C'est légitime et c'est le vrai sujet, plus que la technique. Vingt minutes en marchant, seul, sur un chemin, résolvent le problème mieux que n'importe quel conseil.
Ce que vous constaterez en septembre
Pas grand-chose de spectaculaire, et c'est bon signe. Vous ne chanterez pas mieux qu'en juin. Vous chanterez comme en juin, ce qui, en septembre, est déjà remarquable. Là où d'autres passeront trois répétitions à chercher leur son, le vôtre sera là au premier accord.
Et vous aurez gagné une chose plus discrète : vous n'aurez pas passé deux mois à vous sentir coupable. Vingt minutes, trois fois par semaine, c'est trop peu pour être un devoir. C'est exactement pour ça que ça marche.
Vous avez un rituel d'été à vous ? Racontez-le en commentaire, j'aimerais savoir ce qui tient réellement dans une vraie vie de vacances.
Réagissez à cet article